XXIe siècle : la renaissance de la porcelaine de sucre

Avant la porcelaine, il y eut le sucre.

Venise, 1574. Pour accueillir Henri III, roi de France, la Sérénissime dresse un banquet resté légendaire. Sur la table, tout est en sucre : le pain, les assiettes, les couverts, des statuettes par dizaines. On raconte que le roi ne comprit l’illusion qu’au moment où sa serviette se brisa entre ses doigts. Le sucre venait de prouver qu’il pouvait imiter le monde.

Le siècle des tables d’apparat. Pendant deux siècles, les grandes cours d’Europe couvrent leurs desserts de sculptures en sucre : temples, jardins, personnages. Des chefs-d’œuvre d’un soir, condamnés à disparaître.

Vincennes, vers 1751. La manufacture qui deviendra celle de Sèvres invente le biscuit : une porcelaine blanche, non émaillée, au grain mat. Elle rappelle le sucre par sa couleur et sa texture, mais elle ne fond pas. Sous la direction de Bachelier, puis du sculpteur Falconet, les figurines de biscuit prennent la place des sculptures en sucre sur les tables royales. La porcelaine a hérité du sucre.

Le XIXe siècle. Antonin Carême élève la pâtisserie au rang d’architecture. On lui prête cette phrase : « Les beaux-arts sont au nombre de cinq : la peinture, la sculpture, la poésie, la musique et l’architecture, dont la branche principale est la pâtisserie. »

Le XXIe siècle. Le sucre avait donné naissance à la porcelaine. Il lui manquait de devenir porcelaine à son tour. Formé à Vincennes dans les années 1970, là même où était né le biscuit de porcelaine, puis à Paris face au Louvre, Le Créateur de l’Ombre a mis au point, dans l’ombre et pendant un demi-siècle, cette matière : fine comme une feuille de papier, presque translucide, elle se casse net comme du verre. Ce n’est ni du pastillage, ni de la céramique. C’est la porcelaine de sucre.

Qu’est-ce que la porcelaine de sucre ?